Sectes: près de 500 adeptes recensés
Tiré de La Dépêche
Ce n'est pas tant le culte - chacun est libre de croire à ce qu'il veut - qui est dans le collimateur de la justice.
Ce sont surtout les agissements des sectes qui sont visés dès lors qu'ils
s'affranchissent des lois.
« Nous combattons des faits précis, comme les Témoins de Jéhovah qui refusent de payer leurs impôts ou qui interdisent les transfusions sanguines à leurs enfants. Nos critères ne sont pas
forcément religieux », explique Alain Vivien, ancien secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères et président de la mission interministérielle de lutte contre les sectes.
Vivien était hier dans l'Aude avec le préfet, Gérard Bougrier, pour réactiver la cellule de vigilance qui ne s'était plus réunie depuis deux ans.
Le président de l'observatoire recense aujourd'hui environ 400.000 adeptes en France pour trois cents affaires qui ont atterri l'année dernière devant les tribunaux, notamment pour escroquerie et
atteinte à des enfants.
Trois mouvements sont plus particulièrement surveillés:
« En premier lieu les Témoins de Jéhovah, explique Vivien. Ils sont quand même 250.000 en France.
Ce n'est pas une secte absolue mais un mouvement religieux avec des aspects sectaires.
Il y a aussi l'Église de scientologie et la secte des Raëliens, qui dépense actuellement beaucoup d'argent pour développer le clonage humain ».
LES DERNIERS DISCIPLES DU CHRIST DE MONTFAVET
Le cheval de bataille de Vivien, ce sont
les Témoins de Jéhovah.
« Ils justifient leurs collectes en prétendant qu'ils sont une association de culte. Le débat vient d'être tranché par une cour d'appel: ils ne sont pas une association de culte. »
Dans l'Aude, les Témoins de Jéhovah seraient au nombre de 150.
« Ils investissent dans l'immobilier, affirme Vivien.
Ça représente des sommes de plusieurs millions de francs, payées grâce aux cotisations des adeptes qui versent 10 % de leur salaire à la secte.
»
Pour le reste, Vivien note dans
l'Aude
« une avalanche de petits mouvements.
Pour la plupart, ils occupent des propriétés situées à la campagne, un peu à l'écart.
Ils ont tendance à racheter des lieux laissés à l'abandon.
Ces mouvements sectaires sont soit ésotériques, inspirés notamment des légendes de Rennes- le-Château; soit spéculent sur la souffrance des autres en leur proposant de les guérir.
Ils ne sont pas faciles à repérer car ils sont dispersés. Ils se dissolvent vite pour se reformer ailleurs »
. On retrouve aussi dans le département des adeptes de Krishna, de la Fraternité Blanche Universelle et de l'Alliance Universelle du Christ de Montfavet.
Ce « christ », c'était Georges Roux, décédé en 1981.
Il était persuadé d'être la réincarnation de Jésus-Christ.
« Cette secte a beaucoup fait parler d'elle durant la IVe république, explique Vivien. Elle a quasiment disparu après la mort du gourou mais il reste encore quelques adeptes dans l'Aude. »
Selon les services de police, on retrouverait d'anciens disciples de Roux à Carcassonne dans la restauration et l'activité touristique.
« Il n'y a toutefois pas de résurgence sectaire dans l'Aude, indique un fonctionnaire de police.
On recense des mouvements en milieu rural attirés par le passé ésotérique du département, près des sources d'eau chaude ou vers le Pic de Bugarach.
On note aussi des néo-ruraux, adeptes du New Age.
Ils revendiquent la vie en communauté, le retour à la nature, le bio, les médecines parallèles et font preuve d'un humanisme débordant.
Mais il n'y a pas de réseau établi.
Des stages peuvent être organisés l'été par des pseudo mouvements sectaires et attirer 450 personnes.
Le reste de l'année, ils ne sont qu'une douzaine. » Selon lui, entre trois cents et cinq cents adeptes de divers mouvements seraient identifiés dans le département.
Sébastien MARTI.
Il part en guerre contre les charlatans de la
santé
Jean Vernette, fixé à Montauban, étudie les nouvelles formes de croyance
et leurs dérives sectaires depuis plus de trente ans.
Aujourd'hui, il dénonce les imposteurs qui utilisent les médecines dites alternatives à des fins intéressées.
Depuis plusieurs années, il ne montre plus son visage.
Ni photos, ni caméras.
Jean Vernette a beaucoup d'ennemis : il est la «bête noire» des sectes aux pratiques douteuses et des charlatans qui «travaillent» les esprits pour vendre du bonheur ou de la santé.
L'homme fait autorité en France sur ces sujets. Docteur en théologie, auteur d'une quarantaine d'ouvrages, Jean Vernette est aussi délégué de l'épiscopat pour les questions concernant les sectes
et les nouvelles croyances.
S'il ne se montre plus en public, c'est parce qu'il reçoit régulièrement des menaces.
«Sans tomber dans la paranoïa» , dit-il, «je suis obligé désormais de me protéger un peu.
Mais je ne parle jamais de quelqu'un sans l'avoir entendu».
Nous l'avons interrogé dans son bureau de Montauban.
Il vient de publier un essai sur
«Les nouvelles thérapies» (1) dans lequel il passe en revue toutes ces techniques où il y a beaucoup à prendre, mais aussi beaucoup à laisser.
«LA DEPECHE DU DIMANCHE».
Mais quel combat menez-vous donc ?
JEAN VERNETTE.- Celui de la vérité.
J'ai été le premier, il y a 35 ans, à donner l'alerte sur le phénomène des sectes.
Mais mon champ d'étude est beaucoup plus large.
En tant qu'universitaire, je m'intéresse aux nouvelles formes de sentiments religieux, aux «religions sauvages» qui jaillissent dans les intervalles laissés libres par les grandes églises.
Y compris les formes archaïques très anciennes, comme l'astrologie, l'occultisme, la magie, la voyance, la sorcellerie...
Beaucoup de gens s'y réfugient, à la recherche d'une protection qu'ils ont du mal à trouver ailleurs.
Il y a 150 médecines alternatives
«LA DEPECHE».
Dans votre dernier ouvrage, vous rappelez que les «Nouvelles thérapies» connaissent un succès grandissant.
Et qu'il faut faire un tri sévère entre toutes ces médecines dites «douces» ou naturelles».
J. V.- Il y a en effet de tout dans les
nouvelles thérapies.
Un bon jugement s'impose pour différencier l'admirable de l'inacceptable.
Le ministère des Affaires sanitaires et sociales a recensé 150 techniques de médecines alternatives. L'Office mondial de la santé avance même le chiffre de 200 en intégrant les fameuses
«médecines aux pieds nus».
On y trouve vraiment de tout : médecines orientales, cérémonies sacrées, phytothérapie, magnétisme,
thermalisme...
J'ai compté que 75 techniques ont été créées depuis la dernière guerre.
Les plus «neuves»
viennent d'Orient, comme l'acupuncture.
Les psychothérapies sont liées au développement du «New Age» , le Nouvel âge».
«LA DEPECHE».
Comment expliquezvous que 57 % des Français aient recours à ces médecines dites alternatives ?
J. V.- Beaucoup de gens ont des griefs contre la médecine
«officielle».
Ils reprochent aux spécialistes, en particulier, de les considérer comme des machines à réparer.
L'homme est infiniment plus complexe.
Les réfractaires à cette médecine refusent d'apparaître sous un numéro, d'être identifiés à leur mal : «l'infarctus de la chambre 6» , ou «le cancer du 12».
Plus humanisées, les médecines alternatives font appel à la collaboration du patient.
C'est plus rassurant que de se trouver face à «celui qui sait» mais qui garde un silence angoissant.
Toutefois, les médecines alternatives sérieuses ne soignent que des maux
peu graves, dans le domaine de l'ORL ou de la dermatologie, par exemple.
Elles s'utilisent généralement en complément de la médecine officielle.
Souvent sur le conseil du médecin, d'ailleurs.
Il faut dénoncer le «marché du cancer» !
«LA DEPECHE».
Vous estimez que ces médecines répondent à un [GRASITAL]«besoin de santé totale» aussi bien du corps que de l'esprit.
La médecine officielle ne se soucierait pas du second...
J. V.- Oui, je le pense.
Autrefois, le médecin généraliste se penchait sur l'aspect physiologique de la maladie, mais en même temps il «remontait le moral» - et certains le font encore. L'hyperspécialisation amène les
médecins à perdre de vue l'individu dans sa totalité.
Le spécialiste soigne un cancer, un ulcère à l'estomac, mais néglige la cause psychologique du mal. Sur ce terrain-là, les médecines douces deviennent une référence.
«LA DEPECHE».
La notion de [GRASITAL]«bien-être total» à laquelle prétendent de nombreuses personnes ne se conçoit pas, selon vous, sans l'inséparable tryptique : santé physique, santé psychologique et santé
spirituelle.
Le spirituel, c'est l'affaire des religions.
Existe-t-il de bonnes» et de «mauvaises» religions ?
J. V.- Cette question est importante.
Descartes a légué une vision de l'homme dont le corps serait une machine que l'esprit ferait fonctionner.
Mais les quatre cinquièmes de l'humanité croient que nous avons en plus
une âme qui anime l'esprit et le relie au divin - Dieu, une divinité cosmique ou autre.
La prière ou la méditation, quelle que soit la religion, sert à établir la liaison avec le divin.
Mais, en plus, elle a une répercussion positive sur le corps et l'esprit. L'amour guérit.
C'est là-dessus que certains charlatans bâtissent leur fond de commerce, en créant de pseudo religions guérisseuses, du style Christ de Monfaucon, les Antoinistes ou la scientologie qui se
présente comme une église.
«LA DEPECHE».
Parmi les dérives charlatanesques, vous dénoncez notamment le scandale du [GRASITAL]«marché du cancer».
J. V.- Oui, c'est l'exemple type de la difficulté qu'il y a pour faire la
part des choses entre le légitime recours à des voies inexplorées et le pur charlatanisme.
Le marché du cancer est l'objet de tant d'annonces trompeuses et de «découvertes» fallacieuses.
Le succès de ces charlatans ne repose pas seulement sur la crédulité du public pour le magique et le sensationnel.
Il tient aussi à l'impatience face aux tâtonnements de la recherche, à l'attente illusoire de la panacée, parfois encore à l'échec des interventions ou à leur caractère mutilant.
Enfin à la difficulté pour les moins fortunés de bénéficier des thérapies de pointe.
Ils se tournent alors vers des voies apparemment plus à la portée de leur bourse.
Les dérives peuvent être parfois dramatiques.
Des gourous peuvent travailler sur
votre esprit, derrière un charabia fumeux, pour vous embrigader.
Autre question à se poser absolument : la personne estelle liée à un groupe ?
Si oui, il peut s'agir d'une secte.
Le fond de commerce des sectes, aujourd'hui, ne repose plus sur les jeunes, mais sur la santé et sur la formation qui représentent d'énormes
gisements financiers.
Toutefois, il ne faut pas voir des sectes partout.
On constate des abus dans ce sens également.
Propos recueillis par Alain BUISSON
(1) «Les nouvelles thérapies. Mieux vivre et guérir autrement», par Jean
Vernette et Claire Moncelon, psychologue. Editions «Presses de la Renaissance», 276 pages, 119-F.
L'Esprit du Seigneur l'Eternel est sur
moi;
Car l'Eternel m'a donné l'onction
Il m'a envoyé pour porter de bonnes nouvelles
à ceux qui sont humiliés;
Pour panser ceux qui ont le coeur brisé
Pour proclamer aux captifs
leur libération
Et aux prisonniers leur elargissement
Pour proclamer une année favorable
de la part de l'Eternel
Et un jour de vengeance de notre Dieu
Pour consoler tous ceux qui sont dans le deuil
Pour leur donner de la splendeur au lieu de cendre
Une huile de joie au lieu du deuil
Un vêtement de louange au lieu d'un esprit abattu
Afin qu'on les appelle térébinthes de la justice
Plantation de l'Eternel
Pour servir à sa splendeur (Esaïe 61/1-4)





