MARTIN LUTHER KING Sa vie.. sa foi..

Quand la justice et la paix s'embrassent... Anniel Hatton

Nous sommes le 28 août 1963.

Debout, face à une foule immense réunie devant le mémorial de Lincoln à Washington, Martin Luther King déclare avec une conviction contagieuse:
"Je fais un rêve ! Et ce rêve, c'est qu'un jour tous les hommes se lèveront et comprendront enfin qu'ils sont faits pour vivre ensemble comme des frères...".
Dans le contexte d'un pays déchiré par une ségrégation omniprésente, nombreux sont ceux qui, le coeur étreint par l'émotion, sentent les larmes couler sur leur visage en entendant ces paroles venues du plus profond de l'être de ce prédicateur épris d'égalité et de justice.

Cinq ans plus tard, alors qu'à la fin d'une longue journée de travail et de réflexion sur ce qu'il appelle "la campagne des pauvres", Martin Luther King sort sur le balcon de son hôtel de Memphis, au Tennessee, pour prendre quelques bouffées d'air frais, un coup de feu retentit.
Celui qu'on appelle "le prophète noir américain" s'écroule.
Il est mortellement blessé.

Mais d'où vient cet homme hors du commun? Quel est son itinéraire?

Un être exceptionnellement doué pour les études

C'est dans ce qu'on appelle le "Sud profond" des Etats-Unis que naît, au foyer pastoral des King, le 15 janvier 1929, à Atlanta en Géorgie, un petit garçon qui sera prénommé Martin Luther.
Cet enfant est doué d'une mémoire extraordinaire, et, dès cinq-six ans, il mémorise de longs passages de la Bible et de nombreux negro-spirituals qu'il chante déjà en solo au cours du culte dominical.
Confronté quotidiennement au racisme et à la ségrégation qui sévissent dans cette contrée des Etats-Unis, il subit, à l'adolescence, après un discours qui lui avait valu les félicitations du jury, une humiliation qui le marquera profondément et influencera sans aucun doute son développement ultérieur.

Lorsqu'il rentre à l'université, il n'a encore que quinze ans et, désireux de se rendre utile, il se destine tout d'abord à être médecin ou avocat.
 Mais frappé par les prédications puissantes du président de son université, il lui semble tout à coup qu'il trouvera plutôt sa voie dans le pastorat.
Son père, pasteur à l'église Baptiste d'Ebénézer à Atlanta, lui donne alors sa chance et, à 17 ans, Martin prêche son premier sermon dans le temple bondé pour l'occasion.
Quelques mois plus tard, il reçoit la consécration pastorale.

Mais Martin ne se croit pas arrivé pour autant.
Et il ressent un immense besoin d'étudier et de se former encore et encore.
C'est ainsi qu'à dix neuf ans, en 1948, il rentre à la Faculté de Théologie de Crozer, en Pennsylvanie, puis à l'université de Boston.
Travailleur acharné, il réussit brillamment ses études. Il dévore de nombreux ouvrages de penseurs révolutionnaires, tels entre autres, les écrits de Thoreau, un abolitionniste jusqu'au-boutiste.
Le christianisme social de Rauschenbusch et la philosophie non violente de Gandhi l'influencent aussi beaucoup.

En septembre 1954, Martin Luther King accepte l'appel d'une eglise baptiste de Montgomery, en Alabama, et s'y installe avec sa jeune femme, Coretta Scott, musicienne de talent qu'il a épousée un an auparavant.
 Il commence à y faire ses premières armes de prédicateur tout en continuant à travailler sur sa thèse de doctorat qu'il soutient à Boston au printemps 1955.
 Il a tout juste vingt-six ans.

Quelques mois plus tard, survient un événement qui va jouer un rôle de détonateur dans le conflit racial du Sud et qui va révolter le jeune prédicateur.
C'est le 11, décembre 1955. Rosa Parks, une couturière noire employée au centre ville de Montgomery, monte comme tous les jours dans le bus qui va la ramener chez elle.
 Epuisée par une longue journée de travail, elle enfreint la loi en refusant de laisser sa place à un homme blanc qui menace de la faire arrêter.
Son emprisonnement déchaîne l'indignation de toute la communauté noire de la ville et va entraîner une opération boycott sans précédent dans toute l'histoire des États-Unis.
Pendant presque un an, malgré la fatigue, plus aucun noir de Montgomery ne prend le bus !

Martin Luther King, qui est élu président du comité d'organisation de cette manifestation d'envergure, est le premier surpris du succès qu'elle rencontre.
Il décide alors de tirer parti de la situation et de lancer un vaste mouvement de revendication dans le Sud tout entier.
Les ségrégationnistes blancs, d'abord sûrs de leur force et de leur supériorité, refusent de céder.
Mais quand les médias du monde entier commencent à montrer leurs odieux agissements sur leurs écrans de télévision, leur mépris fait place à l'inquiétude, puis à la peur.
 La riposte ne se fait pas attendre.
Martin est arrêté à maintes reprises.
Les prétextes sont multiples : excès de vitesse au volant (48 km /h au lieu de 40 km/h), entrave au fonctionnement d'entreprise, trouble de l'ordre public... Une bombe éclate même devant son domicile, ne faisant heureusement aucune victime!


 "Je vois la terre promise, mais je sais que je n'y arriverai pas... Je ne crains aucun homme car mes yeux ont vu la gloire de Dieu !"

Mais quelle exultation pour tous quand, le 13 novembre 1955, la Cour Suprême déclare illégale la ségrégation !
M. L. King et ses équipiers savent cependant qu'il ne faut pas s'arrêter en si bon chemin.
C'est ainsi qu'en février 1957, soixante d'entre eux fondent la SCLC, la Conférence des Leaders Chrétiens du Sud, qui organise divers mouvements de protestation bien suivis.

En 1958, Martin est poignardé par une femme noire démente. Il a eu chaud !
La blessure était fort grave mais l'opération tentée d'urgence par les chirurgiens réussit : c'est un vrai miracle...
Dès qu'il est rétabli, Martin reprend ses activités. Il quitte Montgomery à la fin de l'année 1959 et retourne à Atlanta où il organise des "sit-in" et fonde le SNCC, le Comité de Coordination des Étudiants.

A partir de l'année suivante, lorsque des émeutes se déclenchent, Martin se sent bien démuni et tous ses efforts sont vains pour calmer la violence qui se déchaîne de plus en plus.
En 1964, malgré l'entrée en vigueur d'une nouvelle loi sur les Droits Civiques signée par le Président Johnson, et bien que Martin reçoive le prix Nobel de la Paix, le célèbre prédicateur est paradoxalement en baisse d'influence et se désole en voyant de nombreuses manifestations de violence se déchaîner dans plusieurs grandes villes du pays.

Sa dernière campagne sera celle des éboueurs de Memphis, au cours de laquelle il déclarera :
"Je vois la terre promise, mais je sais que je n'y arriverai pas... Je ne crains aucun homme car mes yeux ont vu la gloire de Dieu !".
Le lendemain il sera assassiné. Il n'avait que 39 ans.


La Foi agissante de Martin Luther King


Il est des gens dont on ne peut séparer la pensée, de la vie c'est particulièrement vrai de Martin Luther King.

Sa pensée s'est forgée au coeur même de ses engagements.
C'est pourquoi ses prédications sont le lieu privilégié pour la discerner.

" Aux yeux de beaucoup, j'ai différents visages : responsable en matière de droits civiques, agitateur, fauteur de troubles et orateur.
Mais en mon for intérieur, je suis fondamentalement un homme d’église, un prédicateur baptiste.
C’est à la fois mon être et mon héritage, car je suis le fils, le petit-fils et l’arrière petit-fils d’un prédicateur baptiste."


Le Dieu du prédicateur noir

Martin va suivre d'excellentes études et sort de l'université en intellectuel bien formé qui garde certaines distances vis-à-vis de la piété des eglises noires aux manifestations enthousiastes.
 C'est une fois engagé dans le mouvement pour les droits civiques et confronté à des menaces de mort qu'il va retrouver au cours d'une expérience marquante, une relation vivante avec celui qui lui dit . "Martin Luther, lève-toi, lève-toi pour le droit, lève-toi pour la justice, lève-toi pour la vérité. Et je serai avec toi jusqu'à la fin du monde."
Le Dieu que retrouve le pasteur King est celui de ses pères, le Dieu libérateur, celui qui fit traverser aux Hébreux la Mer Rouge et celui que chantent les negro spirituals, "celui qui ouvre un chemin là où il n'y a pas de chemin".
C'est sur cette foi que se fonde le chant si célèbre "we shall overcome" (nous serons vainqueurs).
Il n'exprime pas un optimisme naïf : il est une confession de foi.


Le prix de l’amour

Dans la tradition noire américaine qu'expriment les negro spirituals, il n'y a guère de différence entre le Père et Jésus.
 Ils apparaissent comme presque interchangeables.
Pour Martin Luther King, "Jésus est le langage de l'éternité traduit dans les mots de notre temps" et le pasteur noir s'est toujours voulu avant tout un disciple de Jésus. Comme il le dit lui-même, le Christ donnait le sens et l'objectif, et Gandhi la méthode.
Toute la lutte non violente se veut simplement la mise en pratique de l'amour radical du prochain et de l'ennemi que Jésus nous enseigne.

Mais au coeur de la méditation de King sur Jésus, il y a la croix.
Celle ci nous montre jusqu'où vont la volonté de Dieu et son amour pour le monde.

"La croix est le symbole de l'amour de Dieu agissant dans le temps et la résurrection suppose toujours la croix."


La lois et les lois

Martin Luther King distingue très précisément la Loi morale qui vient de Dieu de toutes les lois particulières.
Celles-ci ne sont justes que lorsqu'elles essaient de traduire la Loi dans le concret de l'histoire et de la société.
Bien que secondes, elles ont leur utilité.
 "C'est tout à fait vrai qu'une loi ne peut obliger quelqu'un à m'aimer, mais elle peut l'empêcher de me lyncher".
 Il est donc juste de ne pas se soumettre à une loi injuste, mais de résister avec respect.

C'est pour cette raison que les militants des droits civiques et Martin Luther King à leur tête remplirent si souvent les prisons.


La réconciliation

Il est clair, pour Martin Luther King, que la résistance non-violente à l'injustice n'est pas une fin en soi.
Le vrai but est la réconciliation, la création d'une communauté réconciliée.
Mais pour y parvenir, on ne peut pas faire l'économie du conflit ; le tout est alors de le vivre d'une manière telle qu'il ne suscite pas de ruptures irrémédiables.
 C'est la raison fondamentale de la non violence.
 Lutter pour la justice et lutter jusqu'à la victoire, mais avec amour et dans le but, si cela est possible, de convertir l'adversaire et non de l'humilier.

L'amour est au centre et au coeur de la résistance.
Cet amour est un engagement de vie pour les autres en réponse à l'amour de Dieu pour nous et à la suite de Jésus.
"Je songe à un amour très fort, pas quelque chose du genre : aimez vos ennemis et laissez-les se débrouiller. Mais il s'agit d'aimer ses ennemis au point de s'asseoir avec eux au buffet d'un restaurant pour les aider à se trouver eux-mêmes, au point de consentir à aller en prison - et je ne pense pas que quiconque trouvera cela lâche ou faible".

Toute l'action et la lutte de Martin Luther King et de tous ceux qui l'ont suivi reposent sur cette certitude que Dieu est amour, qu'il sera finalement victorieux et que la justice triomphera.

"Heureux les doux car ils hériteront la terre" (Mt 5:5).




5. Extrait d'un sermon de Martin Luther King Martin Luther King


"Le moment de l'épreuve arrive. Le Christ, l'innocent Fils de Dieu, est étendu sur une croix dressée, en une douloureuse agonie.

Quelle place y a-t-il encore pour l'amour et le pardon ?
 Comment Jésus réagira-t-il ? Que va-t-il dire?

La réponse à ces questions éclate avec une splendeur majestueuse.
Jésus redresse sa tête couronnée d'épines et s'écrie, en ces paroles aux proportions cosmiques :

"Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font."

C'est l'heure la plus belle de Jésus ; c'est sa réponse céleste à son rendez-vous terrestre avec le destin.

Nous percevons la grandeur de cette prière en la confrontant avec la nature ... La nature ne pardonne pas, elle ne peut pas pardonner... Nous vivons selon une philosophie qui veut que la vie consiste à venger ou à sauver la face.
Nous nous inclinons devant l'autel de la revanche...

Du haut de la croix, Jésus a proclamé solennellement une loi plus haute.
 Il savait que la vieille philosophie de l'oeil pour l'oeil laisserait chacun aveugle.
Il ne chercha pas à vaincre le mal par le mal.
Il vainquit le mal par le bien.
Crucifié par haine, il répondit par l'amour.

Quelle leçon magnifique !

Les générations peuvent naître et disparaître, les hommes continuer à adorer le dieu de la vengeance... mais toujours un appel lancinant nous viendra de, cette noble leçon du calvaire seule la bonté peut extirper le mal, seul l'amour peut vaincre la haine:"

Tiré de "La force d'aimer" (Paris, Casterman, 1964)

ADORATION

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Pascal a écrit :


"Sans l'Ecriture qui n'a que Jésus-Christ
comme objet,
nous ne connaissons rien et ne voyons
qu'obscurité et confusion
dans la nature de Dieu
et dans notre propre nature."


BIENVENUE AUX AUDOIS



Que servirait-il à un homme de gagner
la terre entière s'il perd son âme?
 

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